Femmes ingénieurs : le prix du défi


Alors que les femmes ne représentent que 16 % des ingénieurs et se retrouvent encore moins nombreuses aux postes à responsabilités, les trophées Excellencia 2007 viennent de récompenser les parcours de réussite de cinq d'entre elles. Reportage.

Christine Morin (INRIA), Christine Azevedo Coste (INRIA), Jacqueline Lambert (Philae), Alexandra Pauty-Assie (CPAM TS), Sandra Carrie (Telecom INT)… Voici les cinq lauréates Excellencia 2007 (1), trophée de la femme ingénieur high-tech, récompensées en grande pompe le 15 octobre au Palais de la découverte de Paris, en présence de Valérie Létard, secrétaire d'Etat chargée de la Solidarité.



Sur les lieux, des représentants et des dirigeants du CNRS, de l'INRIA, de Syntec Informatique, de Sogeti, de Microsoft France, de Ionis Education Group… Bref, les incontournables du secteur. L'objectif ? « Donner aux jeunes filles qui pourraient envisager une carrière d'ingénieur des modèles concrets de réussite », répète Eric Chreiki, président d'Innov.Europe et porte parole du prix Excellencia, alors que la désaffection des jeunes pour les filières scientifiques touche tout particulièrement les filles. Et que le secteur high-tech souffre d'une pénurie croissante de profils (2).

25 % de filles dans les écoles

Ainsi, «la dernière promotion de l'Epita, peut-être grâce à l'habilitation de la CTI - commission des titres d'ingénieurs - obtenue cet été, compte 8 % de filles contre 4 % pour la précédente», reconnaît Fabrice Bardèche, vice-président Ionis Education Group-Epita. Au niveau national, le taux de féminisation des formations d'ingénieurs habilitées atteind 25 %. Pas vraiment, encore, la parité…

Selon le CNISF (Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France), seuls 16 % des ingénieurs sont des femmes (et ce taux plafonne à 25 % chez les moins de 30 ans). Par ailleurs, de fortes disparités sont observées au niveau des spécialités, ces dernières étant essentiellement présentes dans le secteur de l'agronomie (où elles constituent 40% des effectifs) et en chimie (29%). Dans les cursus de formation, les filles se retrouvent « davantage dans les filières les plus communiquantes, comme les télécoms ou le multimédia », observe Fabrice Bardèche.

Changer les mentalités

Pour Jacqueline Lambert, gérante de la société de conseil Philae et lauréate Excellencia pour la catégorie "chez un fournisseur", le problème est en premier lieu sociétal : « Personnellement, j'ai eu la chance de me passionner très tôt pour les sciences, ce qui a tracé ma voie. Mais combien de parents vont penser qu'une exposition de vulgarisation scientifique va intéresser leur petite fille ? Combien d'étudiantes qui obtiennent d'excellents résultats se retrouvent en filière littéraire alors que les garçons sont poussés vers les sciences ? », remarque-t-elle. Depuis des années, déplore Fabrice Bardèche : « les filles sont nourries par l'idée qu'elles s'épanouieront davantage dans des métiers de type social par exemple. Et cet état d'esprit, avec un peu d'ambition, peut les mener à des carrières de médecins ou d'avocates… moins dans les sciences dures. »

Mais la communication ne règlera pas à elle seule le problème. Les entreprises ont besoin d'ingénieures femmes ? « Elle doivent le leur montrer de la manière la plus concrète qui soit, en nommant celles qui le méritent à des postes de responsabilités », insiste Dominique Lafond, directrice générale de Sogeti High-Tech. Car force est de constater que la réalité n'est pas au diapason de la volonté affichée lors de la journée Excellencia. Selon le CNISF : « L'écart salarial se monte déjà à 3% en faveur des hommes chez les débutants et s'accroît pour atteindre 19%, pour les ingénieurs de 45 à 49 ans, quand le fait que les femmes occupent moins souvent des postes de managers que les hommes, joue son plein effet ».
Autrement dit, il ne suffira pas de leur chanter « femmes, je vous aime », pour que les ingénieurs se sentent valorisées…

(1) Lancé en 2005 par l'Observatoire Innov.Europe, soutenue par l'école d'ingénieurs Epita (Groupe Ionis) et Microsoft France.

(2) le Syntec Informatique pointe autour de 50.000 recrutements en 2006, dont près de 15.000 créations nettes

Retrouvez le profil des lauréates Excellencia 2007 sur le site www.excellencia.eu